Dimanche 24 juin 2007
Ou de propositions peut-être subies, mais défendues loyalement.
 
Et voilà, cette fois-ci c'est bien parti. Grande lessive ? Règlements de compte ?
Comment analyser notre campagne présidentielle, puis la défaite finale, sans en faire systématiquement des affaires de personnes, du moins des affrontements de personnes ?
Comment dire les choses sans que chaque remarque, observation, question posée… soit renvoyée à son auteur sans même une once de réflexion et de façon sytématiquement épidermique et/ou idéologique ?
 
Bref : le débat est bien mal parti.
 
Prenons l'exemple des réflexions de Ségolène Royal concernant les engagements de campagne sur le SMIC à 1500 euros et la généralisation des 35 heures. Elle dit que ce n'étaient pas des propositions crédibles. Et elle dit pourquoi, alors qu'elle avait pris du recul durant sa "précampagne" sur ces sujets, elle les a tout de même défendus, loyalement vis à vis du PS et avec pugnacité (souvenons-nous de "le débat d'entre deux tours" avec Nicolas Sarkozy.
 
Pas crédibles : tant les remontées de la base que les arguments provenant d'autres candidats, notamment au "centre" lui ont montré la méfiance de l'électorat vis à vis d'une mesure comme porter à échéance le SMIC à 1500 euros. Cela avait déjà été discuté dans le cadre d'un certain référendum au 29 mai 2005, faisant partie des propositions avancées par les tenants fabiusiens du "non"… Cela avait été analysé par des économistes, par des responsables syndicaux… Cela avait même été raillé par les amis de DSK au seul fait que, érosion aidant, en 2010 on serait à ce montant du SMIC si tant est que les gouvernements compensent automatiquement l'augmentation du coût de la vie en revalorisant le SMIC. On retrouve cette proposition au congrès du Mans ; et elle est effectivement inscrite dans le Projet Socialiste. Avant 2012… et en brut : ce qui ne mange pas de pain !… C'est dans "les mesures phares".
 
Cependant, la prudence va faire écrire par les rédacteurs, trois pages plus loin, d'une part qu'en matière de pouvoir d'achat et de politique salariale on réunira une Conférence annuelle tripartite ; d'autre part que le SMIC sera porté à 1500 euros bruts "le plus tôt possible dans la législature".
Je le comprends comme (espérons-le !) " le SMIC est pour nous un indicateur, mais c'est tout l'ensemble de la rémunération du travail qu'il convient de négocier ". Le risque, avec le grand public, je veux dire le corps électoral, et compte tenu de tant d'attentes, c'est que de telles propositions amenées par un (ou une) candidat(e) à la prochaine présidentielle soient vite résumées, pour ne pas dire caricaturées, en "ils nous promettent le SMIC à 1500 euros", donc… "demain", "en brut ou en net ?"   "Mais celles et ceux qui ne sont pas au SMIC ? Mais celles et ceux qui sont actuellement à 1500 euros ?" Message mal rédigé en définitive… Et c'est bien ainsi qu'en 2006 Ségolène Royal prenait du recul par rapport à une telle proposition.
 
Je ne sais ce qui a amené notre candidate à incorporer cette mesure dans son Pacte présidentiel. Sous quelle(s) pression(s) ? Par une sorte d'autocensure l'amenant à rassurer Laurent Fabius ? Parce que candidate désignée par les militants du PS il lui fallait prendre en compte certaines des "mesures phares" du Projet socialiste ?
 
Ce dernier prévoit d' "étendre le bénéfice des 35 heures, avec création d'emplois, à tous les salariés." Nous touchons-là un sujet sensible, pour ne pas dire tabou. Remettre un tant soit peu en cause ce qui est devenu en quelque sorte un dogme du corpus socialiste, c'est "attaquer" le gouvernement Jospin, c'est attaquer Martine Aubry, c'est revenir sur un acquis social… Le "détestable" François Fillon (il l'est hélas devenu par ses récentes et virulentes diatribes contre la gauche, personnel politique et électorat confondus), sous Raffarin, a harmonisé "les" SMIC (comment aurait-on pu proposer un montant unique de 1500 euros sinon ? Aïe ! je cours à l'excommunication en écrivant cela, moi "encarté"). Bref, on a tous perçu les problèmes posés dans les petites entreprises, le petit commerce, l'artisanat et… et le secteur hospitalier !
 
Contrairement à ce qu'affirmait le candidat Sarkozy au soir du fameux débat, la France n'est pas l'un des pays "où l'on travaille le moins", loin de là même. Et il n'y a pas de corrélation entre la croissance et cette durée moyenne, toute statistique (hélas pour la France, justement !). Il se trouve que les emplois à temps partiel interviennent dans cette statistique. Ils peuvent être subis ; mais ils peuvent aussi être choisis. Que 35 heures soit une norme : la durée hebdomadaire légale du travail : c'est alors un progrès social. Quel est son coût ? Là, on a entendu tout et son contraire depuis cinq ans… je ne saurais m'avancer.
 
Les réserves émises en 2006 par Ségolène Royal à la mise en place généralisée autoritaire et automatique des 35 heures concernaient (si ma mémoire est bonne) les conséquences sociales (par exemple annualisation et précarisation dans certains cas ; difficultés de négociation dans les PME, PMI, l'hotellerie, etc (à relier au souci de S. Royal d'encourager la syndicalisation de masse), et –bien évidemment- le secteur hospitalier. Députée, présidente d'un exécutif régional, elle ne pouvait ignorer les difficultés locales rencontrées par la mise en place des 35 heures.
 
Et elle savait que le PS, la gauche, continuant à véhiculer le projet "d'extension, de généralisation des 35 heures " sans s'arrêter d'abord à une définition d'une norme simplement inscrite au Code du Travail, ouvrant à des négociations telles que, entre autres, toute durée ouvrée supérieure doit correspondre à une augmentation des rémunérations… manquait de crédibilité. Là encore, devenue la candidate des MRC, PRG et PS, elle a supporté, à son coprs défendant probablement, cette mesure du Projet socialiste.
 
Elle l'a fait avec pugnacité même, rappelez-vous "le débat" lui permettant de faire acquiescer Nicolas Sarkozy : "vous ne les avez pas supprimées, vous ne vous engagez pas à les supprimer ? ".
Les supprimer… donc modifier la durée hebdomadaire légale du travail.
 
On assiste à des réactions brutales, je pense à l'inévitable imprécateur qu'est le sénateur Mélanchon, visant plus la personne que le fond du débat. Le PS, ses caciques, ses "courants" ou écuries, ses réseaux d'élus et d'appareils, fonctionnant toujours comme à l'époque des congrès de Metz et de Rennes, use plus d'énergie à se préoccuper de lui même que de son électorat. Je souhaite que Ségolène Royal aille plus loin dans son travail rétrospectif (et… introspectif). Elle a suffisamment de courage (elle l'a montré durant ces deux années !…) pour elle-même se remettre en question et, donc, accepter de prendre sa part de responsabilité dans notre défaite. Je dis bien "notre" défaite.
 
Un dernier mot : la sémantique au secours de l'interprétation du mot "crédible". Qui suppose des adeptes, ou un électorat… pas nécessairement… crédules !
par Aristide Bordes publié dans : Le blog de Bruno
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