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Vendredi 1 juin 2007
La sévère défaite du PS à une élection présidentielle pour la troisième fois va-t-il obliger ses dirigeants à choisir enfin entre une politique entièrement orientée vers le social, proche de celle de l’extrème gauche, représentée par Laurent Fabius à la primaire du mois de novembre dernier, et uns social-démocratie « mettant l’efficacité économique au service de la justice sociale » (Jacques Julliard), défendue par Dominique Strauss-Kahn lors de cette primaire ?
Je vote socialiste depuis plus de trente ans en espérant chaque fois que le PS va enfin choisir clairement une voie réformiste, comme l’a fait le SPD allemand dès 1959, lors de son congrès historique de Bad Godesberg en rejetant toute référence au marxisme et à la lutte des classes, C’est chaque fois pour moi la déception.
Pourtant après l’échec de Lionel Jospin en 2002, deux de ses ministres, Jean Glavany et Martine Aubry, qui ne s’affichaient pourtant pas social-démocrates, en reprenaient pourtant la terminologie en souhaitant « une société durable et juste. Economiquement efficace, socialement juste » (Jean Glavany « le cap et la route ».
Mais le consensus mou du Congrès du Mans, voulu par François Hollande, évitait l’affrontement entre ces deux visions du socialisme.
C’est donc lors de cette primaire qu’on voyait s’affronter clairement pour la première fois les champions de ces deux doctrines.
Et où se situait Ségolène Royal dans ce débat ? Ni les personnalités de gauche ni les journalistes ne sont allés écouter ce qui se débattait dans les réunions de Désirs d’avenir. Un thème y a été largement traité par les groupes parisiens, dès le printemps 2006 : la social-démocratie des pays nordiques. , Alain Lefebvre et Dominique Méda ont été invités à commenter leur livre « Faut-il brûler le modèle social français ? » où ils détaillent le modèle qui a si bien réussi à la Suède, au Danemark et à la Finlande, classés tous trois parmi les cinq pays les plus compétitifs au monde (World economic). Le blog « Segonordic » a permis d’en approfondir largement la connaissance. Un ambassadeur de Finlande a créé le groupe  « Europe » de Désirs d’avenir. Dominique Méda et Alain Lefevbre sont entrés dans le groupe des experts de Ségolène Royal. Il n’est donc pas étonnant qu’elle ait souvent cité le modèle nordique dès le printemps  2006 et qu’elle soit allé s’informer directement en Suède où les plus hautes autorités ont fortement apprécié sa visite, plus habitués au comportement généralement arrogant des personnalités politiques françaises envers leur « petit pays ». Quand on m’a demandé de justifier mon choix  pour elle lors de la primaire de novembre, j’ai cité sa référence répétée au modèle nordique, à ses axes majeurs. J’avais été séduit par cette politique à l’occasion d’ expériences personnelles en Suède et en Finlande ; je ne pouvais pas suivre Dominique Strauss-Kahn dans sa social-démocratie foncièrement jacobine, jusqu’à ironiser quand Ségolène Royal citait ses réalisations dans la Région Poitou-Charente. Alors  qu’on sait que le modèle nordique repose fondamentalement sur une décentralisation très poussée. Cette décentralisation qui est l’application directe du principe de subsidiarité, défini par l’Union Européenne, et que le microcosme politico-médiatique parisien semble ignorer ou mépriser (« les collectivités territoriales auront vocation à prendre les décisions pour l’ensemble des compétences qui peuvent le mieux être mises en œuvre à l’échelle de leur ressort »).
 Mais cette orientation de Ségolène Royal vers ce type de social-démocratie a été brouillée à deux reprises. Quand elle a d’abord donné un satisfecit à la politique de Tony Blair, à la social-démocratie mal comprise des Français, ce qui a occulté l’importance de son voyage à Stockholm. Ensuite, et surtout, quand ayant été vainqueur de la primaire, elle s’est engagée à appliquer intégralement « le projet socialiste », qui ne peut absolument pas être considéré comme un manifeste social-démocrate. Elle n’a donc pas pu continuer à séduire ^pendant l’hiver les sympathisants socialistes inscrits à Désirs d’avenir qui souhaitaient une politique de centre gauche et parmi les quels se déclaraient même des électeurs de l’UDF (« ancienne manière »). Sans être expert politologue, on peut penser que c’est en partie comme cela qu’elle a offert un boulevard à la « chevauchée » de François Bayrou.
Pierre Bothorel
Par Aristide Bordes - Publié dans : Le blog de Pierre B.
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