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Lundi 28 mai 2007
Nous vivons en France avec un système de vote majoritaire.

Sans remettre en cause une décision collective construite par le traitement de l'ensemble des décisions individuelles, "l'ampleur" donnée à l'élection de Nicolas Sarkozy doit être lue à la mesure des règles en vigueur.

Nicolas Sarkozy est élu, mais le verre pour lui, n'est qu'à peine plus qu'à moitié plein.
Ségolène Royal n'est pas élue mais il ne lui manqua qu'une rasade, quelques gouttes pour contester la consécration de son compétiteur.

Les commentateurs unanimes devraient nous aider à comprendre cette nuance plutôt que de se laisser aller à des affirmations tronquées: "les français ont largement choisi leur président de la République". Sauf à être revenu dans une société de croyances, il convient de mettre ces interprétations dans l'éclairage des chiffres.

Le candidat de la droite recueille 53% des suffrages. Il a 2 millions de voix d'avance sur sa concurrente. Un choix différent de seulement 700000 électeurs aurait porté son pourcentage à 51. La bascule d'un million de votants vers la candidate de la gauche mettait son élection en péril.
La France compte 66 millions d'habitants, 44 millions d'électeurs, 37,5 millions de français se sont prononcés. Nicolas doit finalement son "triomphe" à 1 million d'entre eux.
De quoi relativiser "largement" ce succès, et donner une lecture pondérée de l'échec de sa concurrente, et de laisser du baume au coeur de la gauche quant à la suite des scrutins en cours et à venir...

Au-delà de ce triomphalisme excessif, cette constatation fut la même si le résultat du 6 mai avait été inversé, la culture majoritaire crée une distorsion dans l'image donnée de l'accès au pouvoir et la réalité de son exercice. Ce questionnement s'impose aussi à gauche.
Si le scrutin majoritaire est tellement ancrée dans notre histoire moderne, il n'est pas inscrit "génétiquement" dans notre patrimoine politique.
Son utilisation pour l'ensemble de la représentation nationale et territoriale est pertinente mais elle introduit un biais dans la perspective démocratique des relations entre les citoyens et leurs élus.
Il est gênant de faire apparaître le "majoritarisme" comme indiscutable, pire encore de ne pas informer de la vision déformée qu'il donne du rapport de force électoral.
Or il n'y a rien de moins universel que le choix d'un tel système.

Il est probablement un outil de gouvernement d'une grande puissance, il est aussi un prisme déformant de la réalité du pouvoir donné par les électeurs, seul il ne garantit en rien que les intérêts des mandatés ne prennent pas le dessus sur ceux de leurs mandants.

Encore faut-il que l'institution électorale ne laisse pas en jachère, comme un impensé politique, le terrain de la "bonne gouvernance". Cette notion n'est pas qu'une mode, elle pourrait devenir une tentative complémentaire de la dynamique majoritaire. Une obligation donnée à la personne ou au groupe choisi de fournir régulièrement des indications sur les orientations stratégiques, définir des objectifs opérationnels, dans une gestion adaptée et responsable des contraintes et des ressources.

A côté du fait majoritaire donnant de la force à la démocratie représentative, une obligation est donnée à l'institution elle-même de l'élaboration des outils d'une participation démocratique à la régulation des décisions prises. Il appartient à chacun d'y prendre part.

Nicolas Sarkozy est élu à la présidence de la République, n'attendons pas 5 ans pour lui demander des comptes!
Eric Dupuy
Par Aristide Bordes - Publié dans : Le Blog d'Eric
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