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Mercredi 23 mai 2007
Il n'y a aucune ambiguïté, le 6 mai dernier, le vote des électeurs a donné la victoire électorale à Nicolas Sarkozy. A ce titre, face à la tâche que lui confiait son investiture, Ségolène Royal a échoué.
Cette réalité se doit d'être posée. L'insuccès de Ségolène Royal stoppe son projet immédiat de mise en oeuvre de ses propositions présidentielles.
Un cycle s'achève... un autre commence... c'est le rythme des saisons...
Il serait réducteur de prétendre décrire le monde fixé sur le méridien de Greenwich, au bord du 45° parallèle. Suivant le point de vue, sa situation sur le globe, c'est plutôt l'enchevêtrement, la superposition des pluies et des sécheresses, que leurs successions immuables. Il en serait de même en politique, la belle politique, celle qui se donne comme gageure l'organisation "intelligente" de la vie des femmes et des hommes. Le chemin parcouru avec allégresse par la dynamique "ségoliste" inaugure une expérience qui ne peut se dissoudre dans les fastes très "showbiz" de l'avènement sarkozien.
Plutôt que de chercher hypocritement les maux dont on accusera la "chèvre émissaire", la responsabilité impose de regarder comment se sont noués les événements. Une question éminente se pose: d'où vient Ségolène Royal?
Sans occulter les ressorts personnels d'une quête du pouvoir, qui lui permirent de penser pour elle-même la mandature suprême, il convient de chercher à ancrer la possibilité de sa démarche dans une histoire commune, celle de la gauche de gouvernement, venue au grand jour le 10 mai 1981.
Comme la majorité des "grands hommes" de pouvoir, François Mitterrand ne se préoccupa guère de sa succession. Laurent Fabius, qui dès 1988 y pensait, et Lionel Jospin, en 1995, pourraient dire leurs souffrances d'avoir eu à affronter la perspective mitterrandienne de ne surtout rien faire pour faciliter la prise du pouvoir de ses cadets.
L'épreuve fut-elle atroce? Ces péripéties "professionnelles" s'inscrivirent au plus profond d'eux-mêmes comme une tare personnelle, une marque indélébile...
Comme une mauvaise médecine, une arbracadabrantesque dissolution, éloigne la gauche socialiste (les autres aussi) de la réflexion de fond débutée dans la douloureuse débandade de 93.
A cette quête jospino-fabiusienne, vint se superposer la croisade hollandiste. Mue par des victoires électorales larges mais ambiguës, ce tribun brillant voyait se dessiner, comme pour ses devanciers Mitterrand et Jospin, la perspective "naturelle" de l'investiture présidentielle. Polarisée par ces "bouleversants" psychodrames, les congrès socialistes successifs mirent toute leur énergie à surtout ne rien trancher ni sur le fond d'une évolution idéologique indispensable, ni sur la modernisation de sa "gouvernance", ni sur le choix d'un leadership lisible par le "peuple de gauche" à reconquérir. La synthèse mansoise, à 18 mois de mai 2007, fut la cerise sur le gâteau.
Mais Ségolène Royal avait déjà pointé le bout de son nez... Et Pascal le disait il y a près de quatre siècles: "Si le nez de Cléopâtre eût été plus court, la face du monde en eût été changée"!
Avait-elle mesuré l'attractivité de sa démarche? Bien vite, il apparut à certains que la stratégie de son investiture puis de sa candidature s'annonçait comme une promesse d'un résultat présidentiel improbable. Ceux là ne se sont pas trompés. Au-delà de toutes prévisions, en 18 mois Ségolène Royal a remis en dynamique tellement de citoyens qu'elle multiplia par deux le score du Ps en 2002 pour recueillir les suffrages de 17 millions d'électeurs et échouer finalement de peu au soir du 6 mai.
Car contre ses détracteurs de tous poils, son joli visage ne fut pas son seul atout. Elle réussit, à l'écoute de cette soif participative apparue au grand jour pour le référendum européen, à faire travailler ensemble des militants de toute la gauche et au-delà, quelles que soient leurs positions passées, leurs sensibilités qu'il ne s'agissait pas de renier. S'appuyant sur une forme nouvelle de la participation citoyenne, marquant un réel renouveau démocratique, d'immenses avancées furent accomplies sur le fond.
Défaite dans les urnes de 2007, Ségolène Royal et tous ceux qui portent avec elle la refondation démocratique et idéologique qu'elle symbolise, sont les ambassadeurs de la gauche moderne, celle qui porte en elle tant de succès à venir. C'est là que réside le cœur de sa victoire!
Eric Dupuy
Par Aristide Bordes - Publié dans : Le Blog d'Eric
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