Lundi 21 mai 2007
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" Faire exploser la gauche et, au-delà, toute force d'opposition non contrôlée avant les législatives : deux semaines après sa victoire, et alors qu'il doit faire face à un programme chargé, c'est avec ardeur que Nicolas Sarkozy poursuit cet objectif visiblement prioritaire ".
Ainsi commençait, ce 20 mai 2007, sous le titre Dynamitage l'éditorial de Jacques Espérandieu dans le JDD (Journal du dimanche). Tout est dit, tout est là.
En face, nous pouvons nous époumoner, nous pouvons aussi nous entre-déchirer. Les uns peuvent instruire un procès contre une autre, la rue de Solférino (j'allais écrire "la vieille cité Malesherbes"
) peut imploser. Les vieux réseaux d'élus et de caciques peuvent dénoncer l'afflux de "nouveaux adhérents" qui auraient faussé le jeu électoral convenu (vous vous rendez compte : un parti qui enfin- se revivifie : quelle avanie !).
Ouf ! Rassurons ces élus et "dirigeants" : Ségolène Royal n'étant pas passée, les vieilles pratiques vont continuer et le cumul des mandats restera l'apanage des positions acquises.
Jean Guérard, le Premier Fédéral de Lot-et-Garonne, qui avait compris quelle dynamique nouvelle pouvait entraîner Ségolène Royal, s'est mis en quatre pour participer activement à ses deux campagnes, l'interne (ou "la primaire") et la présidentielle. Son témoignage est édifiant (Sud-Ouest, vendredi 11 mai 2007) : « Cette primaire, c'est la gloire et la faiblesse du PS. Quelle connerie politique ! Ce formidable débat entre les candidats a été mortifère ! Une fois Ségolène investie, le match a continué. On entendait des « camarades » affirmer que c'était une cruche, dire qu'elle allait s'effondrer face à Sarko. Toute la campagne a été sur le même ton. J'ai vécu de l'intérieur la peur de certains qu'elle puisse gagner. Trois semaines avant le premier tour, l'une des grandes figures du PS a appelé l'un de ses proches, parfaitement intégré dans le staff et qui abattait un excellent boulot. « C'est elle ou c'est moi », a dit ce leader. On n'a pratiquement jamais revu notre copain. Cette campagne, si je devais la définir, je crois que je ne pourrais parler que de bal des faux-culs. »
Or, la réalité, en face, côté Sarkozy est la suivante : cela fait trente ans que cet homme est parti à la conquête de cette présidence. En même temps qu'il s'imposait en politique, souvent avec un culot monstre comme pour souffler la mairie de Neuilly à Charles Pasqua ou, bien plus tard, s'emparer de l'outil créé par et pour Alain Juppé, comme élu local, puis comme homme de parti, puis comme ministrable, puis comme ministre (ministre du budget il y a 14 ans), il nouait les liens, déjà professionnels via son cabinet d'avocat, parfois étroits et familiaux, avec quelques figures du grand patronat, celles qui comptent. Dont certaines "tiennent" une grande partie des médias tant écrits qu'audiovisuels
Dans le même temps, il nouait des liens d'amitié avec nombre de grands commis de l'État, y compris "de gauche" et savait qu'un jour il pourrait s'attacher leurs services. Il lui est arrivé de se tromper, par exemple en 1995 en choisissant de soutenir Édouard Balladur, et de le payer. Cela l'a endurci. Il lui est arrivé d'échouer, par exemple à la tête de la liste RPR pour les européennes qui suivirent. Il a su en tirer les leçons qui s'imposaient. Et n'oublions pas qu'il a eu un maître en matière de conquête du pouvoir : Jacques Chirac. Que, la fin justifiant les moyens, depuis le début il sait mettre tous les atouts au service de ses projets. Et
encore mieux que son maître.
La dernière campagne présidentielle est un modèle du genre. D'abord s'emparer du parti majoritaire et s'y imposer comme le seul capable de lui conserver l'Élysée ; puis s'imposer comme le seul capable d'y prétendre en alternant la brutalité (MAM, Michèle Alliot-Marie en sait quelque chose
) et les fastes monarchiques (impériaux ? oui pour l'autoproclamation). Puis tout à la fois tenter de séduire un électorat de droite "modérée" et l'électorat du Front National et pratiquer des grands écarts phénoménaux. Simultanément imposer l'idée de "la rupture" (lui évitant d'assumer un bilan gouvernemental, sauf le sien propre, chiffres bien manipulés à l'appui), puis le "j'ai changé". Se montrer atlantiste et peu après furieusement nationaliste. Tacler le Président (son patron) et le 1er Ministre (son contre-maître) à Washington mais imposer l'image de la continuation du gaullisme. Ah ! ces images recherchées de cet homme seul au cimetière de Colombey-les-deux-Églises puis sous la Croix de Lorraine (lui qui n'avait pas été invité par la famille gaulliste aux dernières commémorations), "pathétique !" avais-je écrit alors. Mais il y eut pire (euh
pour lui : mieux, plus fort encore dans la manipulation de l'image) : seul au Plateau des Glières ! Cet homme, dont le projet est en rupture totale avec l'idéal du CNR (et avec l'action gouvernementale de 1945 par exemple en détricotant le Code du Travail), a réussi à faire croire que, non seulement il continue la tradition gaulliste, mais qu'en outre il transcende les clivages et la bipolarité gauche-droite en commémorant la geste des grands maquis. Il avait su convoquer Jaurès au service de son discours ; il convoque la Résistance à la veille du scrutin. Et le jour de sa prise de fonction, il récupère (fort intelligemment, qu'on ne s'y trompe pas !) le jeune héros Guy Môquet...
Que les gaullistes "historiques" ainsi que les néo-gaullistes fidèles à certains principes et aux valeurs du gaullisme, ne s'y trompent pas : de la même façon que Napoléon trahit la Révolution qui avait fait Bonaparte, le Président Sarkozy (qui, lui aussi, est déjà sur tous les chantiers gouvernementaux) n'a rien à voir au gaullisme qui a couvé jadis le militant RPR de Neuilly-sur-Seine.
Bref ! à l'aune de tous ces constats, je ne considère pas que Ségolène Royal a été "battue", mais je suis certain que Nicolas Sarkozy a "gagné" et que, ce faisant, il a battu une gauche incapable de se relever de 2002. Une gauche, victime d'une impréparation manifeste et incapable d'accepter une candidature unique et, hélas ! la candidate qui avait le mieux dépassé les querelles de courants et transcendé le résultat du référendum du 29 mai 2005.
Écrivant cela, je suis tout de même engagé, sur le terrain, dans ma circonscription, dans cette campagne législative. J'y mets autant d'ardeur que pour la Présidentielle. Je veux que "mon" candidat retrouve ce siège perdu de peu en 2002. Et j'ose espérer qu'élu il trouvera "à Paris" un groupe parlementaire et un Parti Socialiste enfin éclairés et conscients que rien ne peut plus être comme avant. Conscients également
qu'en face, il y a un dur aux commandes !