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Continuons l'aventure refondatrice d'une gauche moderne initiée par Ségolène Royal, en route vers 2012...
Nos humeurs, nos révoltes, nos critiques à l'égard de cette droite si dure aux manettes pour encore 5 ans.
Tenter d'être à l'écoute du plus grand nombre, faire circuler une parole libérée, critique sur le monde et sur nous-même.
Ce blog souhaite s'inscrire comme un lieu d'échanges ouvert à tous. Au service de ce projet collectif, chaque rédacteur(trice) restera pleinement responsable de ses écrits, qu'il signera et dont il assurera le suivi (légère modération de rigueur…).
C'est à cet esprit d'ouverture et de cordialité que nous vous convions.

Vendredi 1 juin 2007 5 01 /06 /Juin /2007 19:11
La sévère défaite du PS à une élection présidentielle pour la troisième fois va-t-il obliger ses dirigeants à choisir enfin entre une politique entièrement orientée vers le social, proche de celle de l’extrème gauche, représentée par Laurent Fabius à la primaire du mois de novembre dernier, et uns social-démocratie « mettant l’efficacité économique au service de la justice sociale » (Jacques Julliard), défendue par Dominique Strauss-Kahn lors de cette primaire ?
Je vote socialiste depuis plus de trente ans en espérant chaque fois que le PS va enfin choisir clairement une voie réformiste, comme l’a fait le SPD allemand dès 1959, lors de son congrès historique de Bad Godesberg en rejetant toute référence au marxisme et à la lutte des classes, C’est chaque fois pour moi la déception.
Pourtant après l’échec de Lionel Jospin en 2002, deux de ses ministres, Jean Glavany et Martine Aubry, qui ne s’affichaient pourtant pas social-démocrates, en reprenaient pourtant la terminologie en souhaitant « une société durable et juste. Economiquement efficace, socialement juste » (Jean Glavany « le cap et la route ».
Mais le consensus mou du Congrès du Mans, voulu par François Hollande, évitait l’affrontement entre ces deux visions du socialisme.
C’est donc lors de cette primaire qu’on voyait s’affronter clairement pour la première fois les champions de ces deux doctrines.
Et où se situait Ségolène Royal dans ce débat ? Ni les personnalités de gauche ni les journalistes ne sont allés écouter ce qui se débattait dans les réunions de Désirs d’avenir. Un thème y a été largement traité par les groupes parisiens, dès le printemps 2006 : la social-démocratie des pays nordiques. , Alain Lefebvre et Dominique Méda ont été invités à commenter leur livre « Faut-il brûler le modèle social français ? » où ils détaillent le modèle qui a si bien réussi à la Suède, au Danemark et à la Finlande, classés tous trois parmi les cinq pays les plus compétitifs au monde (World economic). Le blog « Segonordic » a permis d’en approfondir largement la connaissance. Un ambassadeur de Finlande a créé le groupe  « Europe » de Désirs d’avenir. Dominique Méda et Alain Lefevbre sont entrés dans le groupe des experts de Ségolène Royal. Il n’est donc pas étonnant qu’elle ait souvent cité le modèle nordique dès le printemps  2006 et qu’elle soit allé s’informer directement en Suède où les plus hautes autorités ont fortement apprécié sa visite, plus habitués au comportement généralement arrogant des personnalités politiques françaises envers leur « petit pays ». Quand on m’a demandé de justifier mon choix  pour elle lors de la primaire de novembre, j’ai cité sa référence répétée au modèle nordique, à ses axes majeurs. J’avais été séduit par cette politique à l’occasion d’ expériences personnelles en Suède et en Finlande ; je ne pouvais pas suivre Dominique Strauss-Kahn dans sa social-démocratie foncièrement jacobine, jusqu’à ironiser quand Ségolène Royal citait ses réalisations dans la Région Poitou-Charente. Alors  qu’on sait que le modèle nordique repose fondamentalement sur une décentralisation très poussée. Cette décentralisation qui est l’application directe du principe de subsidiarité, défini par l’Union Européenne, et que le microcosme politico-médiatique parisien semble ignorer ou mépriser (« les collectivités territoriales auront vocation à prendre les décisions pour l’ensemble des compétences qui peuvent le mieux être mises en œuvre à l’échelle de leur ressort »).
 Mais cette orientation de Ségolène Royal vers ce type de social-démocratie a été brouillée à deux reprises. Quand elle a d’abord donné un satisfecit à la politique de Tony Blair, à la social-démocratie mal comprise des Français, ce qui a occulté l’importance de son voyage à Stockholm. Ensuite, et surtout, quand ayant été vainqueur de la primaire, elle s’est engagée à appliquer intégralement « le projet socialiste », qui ne peut absolument pas être considéré comme un manifeste social-démocrate. Elle n’a donc pas pu continuer à séduire ^pendant l’hiver les sympathisants socialistes inscrits à Désirs d’avenir qui souhaitaient une politique de centre gauche et parmi les quels se déclaraient même des électeurs de l’UDF (« ancienne manière »). Sans être expert politologue, on peut penser que c’est en partie comme cela qu’elle a offert un boulevard à la « chevauchée » de François Bayrou.
Pierre Bothorel
Par Aristide Bordes - Publié dans : Le blog de Pierre B.
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Mardi 29 mai 2007 2 29 /05 /Mai /2007 09:08
Cette note d'Éric ne me laisse pas indifférent. D'abord parce que ce qu'écrit Éric m'intéresse toujours. Ensuite parce que j'y retrouve le recoupement de ce que, ici ou là, j'ai couché sur mon blog. Et encore samedi 26 mai sous le titre "P..... ! On n'est pas passés loin..."
 
Ce que Ségolène Royal a appelé une "non victoire", bien que les apparences donnent l'impression d'une "large victoire" du candidat sortant, n'est pas un artifice sémantique. Non seulement, si l'on excepte la réélection de François Mitterrand en 1988 (mais sans majorité absolue à l'Assemblée nationale), c'est déjà, en nombre d'électeurs, le plus fort score obtenu par le (la) candidat(e) de la gauche depuis l'avènement de la 5ème République. Mais cela est facilité par la démographie et le taux de participation. Si nous le prenons en valeur relative, en pourcentage des voix obtenues, toujours en exceptant 1988, nous étions le 6 mai aux niveaux "habituels" du candidat de gauche (fourchette 47 - 49). Et 1981 me direz-vous ? Oui, mais on sait aujourd'hui un peu plus formellement qu'un vote anti-Giscard organisé a donné le petit coup de pouce permettant de bien passer la barre des 50 %...
 
Oui, mais quand même... cette large victoire de Sarkozy ? Le balayage du centrisme aux idées frontistes a joué à plein. Ce grand écart a été pratiqué très habilement il est vrai, comme l'idée de la rupture l'a été tout au long de cette campagne du candidat du gouvernement. En cela : oui, il y a victoire personnelle du président élu. Imaginons un instant que Le Pen ait été le 3ème homme le 22 avril, à 15 - 18 % des votants, et qu'il ait "conservé" son électorat en lui recommandant de ne pas aller voter le 6 mai... Cette éventualité a fait l'objet d'un moment de détente sur mon blog personnel, que voici ci-dessous :
 
Jean-Marie Le Pen veut récupérer ses électeurs aux législatives (REUTERS : samedi 26 mai 2007).
C'est un titre de Libé, ce jour.
Ah !... que ne l'a t-il pas retenu le 6 mai son électorat ?... avec pour conséquences :
-1- Une présidente, de gauche (l'un des meilleurs scores de la gauche, si l'on excepte bien sûr 1988)
-2- Des idées bien "fixées" et non banalisées au sein du corpus idéologique de la droite "uhèmepiste"
-3- Et Iznogoud trépignant encore !...
Bruno de La Rocque
Par Aristide Bordes - Publié dans : Le blog de Bruno
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Lundi 28 mai 2007 1 28 /05 /Mai /2007 15:28
Nous vivons en France avec un système de vote majoritaire.

Sans remettre en cause une décision collective construite par le traitement de l'ensemble des décisions individuelles, "l'ampleur" donnée à l'élection de Nicolas Sarkozy doit être lue à la mesure des règles en vigueur.

Nicolas Sarkozy est élu, mais le verre pour lui, n'est qu'à peine plus qu'à moitié plein.
Ségolène Royal n'est pas élue mais il ne lui manqua qu'une rasade, quelques gouttes pour contester la consécration de son compétiteur.

Les commentateurs unanimes devraient nous aider à comprendre cette nuance plutôt que de se laisser aller à des affirmations tronquées: "les français ont largement choisi leur président de la République". Sauf à être revenu dans une société de croyances, il convient de mettre ces interprétations dans l'éclairage des chiffres.

Le candidat de la droite recueille 53% des suffrages. Il a 2 millions de voix d'avance sur sa concurrente. Un choix différent de seulement 700000 électeurs aurait porté son pourcentage à 51. La bascule d'un million de votants vers la candidate de la gauche mettait son élection en péril.
La France compte 66 millions d'habitants, 44 millions d'électeurs, 37,5 millions de français se sont prononcés. Nicolas doit finalement son "triomphe" à 1 million d'entre eux.
De quoi relativiser "largement" ce succès, et donner une lecture pondérée de l'échec de sa concurrente, et de laisser du baume au coeur de la gauche quant à la suite des scrutins en cours et à venir...

Au-delà de ce triomphalisme excessif, cette constatation fut la même si le résultat du 6 mai avait été inversé, la culture majoritaire crée une distorsion dans l'image donnée de l'accès au pouvoir et la réalité de son exercice. Ce questionnement s'impose aussi à gauche.
Si le scrutin majoritaire est tellement ancrée dans notre histoire moderne, il n'est pas inscrit "génétiquement" dans notre patrimoine politique.
Son utilisation pour l'ensemble de la représentation nationale et territoriale est pertinente mais elle introduit un biais dans la perspective démocratique des relations entre les citoyens et leurs élus.
Il est gênant de faire apparaître le "majoritarisme" comme indiscutable, pire encore de ne pas informer de la vision déformée qu'il donne du rapport de force électoral.
Or il n'y a rien de moins universel que le choix d'un tel système.

Il est probablement un outil de gouvernement d'une grande puissance, il est aussi un prisme déformant de la réalité du pouvoir donné par les électeurs, seul il ne garantit en rien que les intérêts des mandatés ne prennent pas le dessus sur ceux de leurs mandants.

Encore faut-il que l'institution électorale ne laisse pas en jachère, comme un impensé politique, le terrain de la "bonne gouvernance". Cette notion n'est pas qu'une mode, elle pourrait devenir une tentative complémentaire de la dynamique majoritaire. Une obligation donnée à la personne ou au groupe choisi de fournir régulièrement des indications sur les orientations stratégiques, définir des objectifs opérationnels, dans une gestion adaptée et responsable des contraintes et des ressources.

A côté du fait majoritaire donnant de la force à la démocratie représentative, une obligation est donnée à l'institution elle-même de l'élaboration des outils d'une participation démocratique à la régulation des décisions prises. Il appartient à chacun d'y prendre part.

Nicolas Sarkozy est élu à la présidence de la République, n'attendons pas 5 ans pour lui demander des comptes!
Eric Dupuy
Par Aristide Bordes - Publié dans : Le Blog d'Eric
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Mercredi 23 mai 2007 3 23 /05 /Mai /2007 11:17
Il n'y a aucune ambiguïté, le 6 mai dernier, le vote des électeurs a donné la victoire électorale à Nicolas Sarkozy. A ce titre, face à la tâche que lui confiait son investiture, Ségolène Royal a échoué.
Cette réalité se doit d'être posée. L'insuccès de Ségolène Royal stoppe son projet immédiat de mise en oeuvre de ses propositions présidentielles.
Un cycle s'achève... un autre commence... c'est le rythme des saisons...
Il serait réducteur de prétendre décrire le monde fixé sur le méridien de Greenwich, au bord du 45° parallèle. Suivant le point de vue, sa situation sur le globe, c'est plutôt l'enchevêtrement, la superposition des pluies et des sécheresses, que leurs successions immuables. Il en serait de même en politique, la belle politique, celle qui se donne comme gageure l'organisation "intelligente" de la vie des femmes et des hommes. Le chemin parcouru avec allégresse par la dynamique "ségoliste" inaugure une expérience qui ne peut se dissoudre dans les fastes très "showbiz" de l'avènement sarkozien.
Plutôt que de chercher hypocritement les maux dont on accusera la "chèvre émissaire", la responsabilité impose de regarder comment se sont noués les événements. Une question éminente se pose: d'où vient Ségolène Royal?
Sans occulter les ressorts personnels d'une quête du pouvoir, qui lui permirent de penser pour elle-même la mandature suprême, il convient de chercher à ancrer la possibilité de sa démarche dans une histoire commune, celle de la gauche de gouvernement, venue au grand jour le 10 mai 1981.
Comme la majorité des "grands hommes" de pouvoir, François Mitterrand ne se préoccupa guère de sa succession. Laurent Fabius, qui dès 1988 y pensait, et Lionel Jospin, en 1995, pourraient dire leurs souffrances d'avoir eu à affronter la perspective mitterrandienne de ne surtout rien faire pour faciliter la prise du pouvoir de ses cadets.
L'épreuve fut-elle atroce? Ces péripéties "professionnelles" s'inscrivirent au plus profond d'eux-mêmes comme une tare personnelle, une marque indélébile...
Comme une mauvaise médecine, une arbracadabrantesque dissolution, éloigne la gauche socialiste (les autres aussi) de la réflexion de fond débutée dans la douloureuse débandade de 93.
A cette quête jospino-fabiusienne, vint se superposer la croisade hollandiste. Mue par des victoires électorales larges mais ambiguës, ce tribun brillant voyait se dessiner, comme pour ses devanciers Mitterrand et Jospin, la perspective "naturelle" de l'investiture présidentielle. Polarisée par ces "bouleversants" psychodrames, les congrès socialistes successifs mirent toute leur énergie à surtout ne rien trancher ni sur le fond d'une évolution idéologique indispensable, ni sur la modernisation de sa "gouvernance", ni sur le choix d'un leadership lisible par le "peuple de gauche" à reconquérir. La synthèse mansoise, à 18 mois de mai 2007, fut la cerise sur le gâteau.
Mais Ségolène Royal avait déjà pointé le bout de son nez... Et Pascal le disait il y a près de quatre siècles: "Si le nez de Cléopâtre eût été plus court, la face du monde en eût été changée"!
Avait-elle mesuré l'attractivité de sa démarche? Bien vite, il apparut à certains que la stratégie de son investiture puis de sa candidature s'annonçait comme une promesse d'un résultat présidentiel improbable. Ceux là ne se sont pas trompés. Au-delà de toutes prévisions, en 18 mois Ségolène Royal a remis en dynamique tellement de citoyens qu'elle multiplia par deux le score du Ps en 2002 pour recueillir les suffrages de 17 millions d'électeurs et échouer finalement de peu au soir du 6 mai.
Car contre ses détracteurs de tous poils, son joli visage ne fut pas son seul atout. Elle réussit, à l'écoute de cette soif participative apparue au grand jour pour le référendum européen, à faire travailler ensemble des militants de toute la gauche et au-delà, quelles que soient leurs positions passées, leurs sensibilités qu'il ne s'agissait pas de renier. S'appuyant sur une forme nouvelle de la participation citoyenne, marquant un réel renouveau démocratique, d'immenses avancées furent accomplies sur le fond.
Défaite dans les urnes de 2007, Ségolène Royal et tous ceux qui portent avec elle la refondation démocratique et idéologique qu'elle symbolise, sont les ambassadeurs de la gauche moderne, celle qui porte en elle tant de succès à venir. C'est là que réside le cœur de sa victoire!
Eric Dupuy
Par Aristide Bordes - Publié dans : Le Blog d'Eric
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Lundi 21 mai 2007 1 21 /05 /Mai /2007 12:24
" Faire exploser la gauche et, au-delà, toute force d'opposition non contrôlée avant les législatives : deux semaines après sa victoire, et alors qu'il doit faire face à un programme chargé, c'est avec ardeur que Nicolas Sarkozy poursuit cet objectif visiblement prioritaire ".

Ainsi commençait, ce 20 mai 2007, sous le titre Dynamitage l'éditorial de Jacques Espérandieu dans le JDD (Journal du dimanche). Tout est dit, tout est là.

En face, nous pouvons nous époumoner, nous pouvons aussi nous entre-déchirer. Les uns peuvent instruire un procès contre une autre, la rue de Solférino (j'allais écrire "la vieille cité Malesherbes"…) peut imploser. Les vieux réseaux d'élus et de caciques peuvent dénoncer l'afflux de "nouveaux adhérents" qui auraient faussé le jeu électoral convenu (vous vous rendez compte : un parti qui –enfin- se revivifie : quelle avanie !).

Ouf ! Rassurons ces élus et "dirigeants" : Ségolène Royal n'étant pas passée, les vieilles pratiques vont continuer et le cumul des mandats restera l'apanage des positions acquises.

Jean Guérard, le Premier Fédéral de Lot-et-Garonne, qui avait compris quelle dynamique nouvelle pouvait entraîner Ségolène Royal, s'est mis en quatre pour participer activement à ses deux campagnes, l'interne (ou "la primaire") et la présidentielle. Son témoignage est édifiant (Sud-Ouest, vendredi 11 mai 2007) : « Cette primaire, c'est la gloire et la faiblesse du PS. Quelle connerie politique ! Ce formidable débat entre les candidats a été mortifère ! Une fois Ségolène investie, le match a continué. On entendait des « camarades » affirmer que c'était une cruche, dire qu'elle allait s'effondrer face à Sarko. Toute la campagne a été sur le même ton. J'ai vécu de l'intérieur la peur de certains qu'elle puisse gagner. Trois semaines avant le premier tour, l'une des grandes figures du PS a appelé l'un de ses proches, parfaitement intégré dans le staff et qui abattait un excellent boulot. « C'est elle ou c'est moi », a dit ce leader. On n'a pratiquement jamais revu notre copain. Cette campagne, si je devais la définir, je crois que je ne pourrais parler que de bal des faux-culs. »

Or, la réalité, en face, côté Sarkozy est la suivante : cela fait trente ans que cet homme est parti à la conquête de cette présidence. En même temps qu'il s'imposait en politique, souvent avec un culot monstre comme pour souffler la mairie de Neuilly à Charles Pasqua ou, bien plus tard, s'emparer de l'outil créé par et pour Alain Juppé, comme élu local, puis comme homme de parti, puis comme ministrable, puis comme ministre (ministre du budget il y a 14 ans), il nouait les liens, déjà professionnels via son cabinet d'avocat, parfois étroits et familiaux, avec quelques figures du grand patronat, celles qui comptent. Dont certaines "tiennent" une grande partie des médias tant écrits qu'audiovisuels… Dans le même temps, il nouait des liens d'amitié avec nombre de grands commis de l'État, y compris "de gauche" et savait qu'un jour il pourrait s'attacher leurs services. Il lui est arrivé de se tromper, par exemple en 1995 en choisissant de soutenir Édouard Balladur, et de le payer. Cela l'a endurci. Il lui est arrivé d'échouer, par exemple à la tête de la liste RPR pour les européennes qui suivirent. Il a su en tirer les leçons qui s'imposaient. Et n'oublions pas qu'il a eu un maître en matière de conquête du pouvoir : Jacques Chirac. Que, la fin justifiant les moyens, depuis le début il sait mettre tous les atouts au service de ses projets. Et… encore mieux que son maître.

 La dernière campagne présidentielle est un modèle du genre. D'abord s'emparer du parti majoritaire et s'y imposer comme le seul capable de lui conserver l'Élysée ; puis s'imposer comme le seul capable d'y prétendre en alternant la brutalité (MAM, Michèle Alliot-Marie en sait quelque chose…) et les fastes monarchiques (impériaux ? oui pour l'autoproclamation). Puis tout à la fois tenter de séduire un électorat de droite "modérée" et l'électorat du Front National et pratiquer des grands écarts phénoménaux. Simultanément imposer l'idée de "la rupture" (lui évitant d'assumer un bilan gouvernemental, sauf le sien propre, chiffres bien manipulés à l'appui), puis le "j'ai changé". Se montrer atlantiste et peu après furieusement nationaliste. Tacler le Président (son patron) et le 1er Ministre (son contre-maître) à Washington mais imposer l'image de la continuation du gaullisme. Ah ! ces images recherchées de cet homme seul au cimetière de Colombey-les-deux-Églises puis sous la Croix de Lorraine (lui qui n'avait pas été invité par la famille gaulliste aux dernières commémorations), "pathétique !" avais-je écrit alors. Mais il y eut pire (euh… pour lui : mieux, plus fort encore dans la manipulation de l'image) : seul au Plateau des Glières ! Cet homme, dont le projet est en rupture totale avec l'idéal du CNR (et avec l'action gouvernementale de 1945 par exemple en détricotant le Code du Travail), a réussi à faire croire que, non seulement il continue la tradition gaulliste, mais qu'en outre il transcende les clivages et la bipolarité gauche-droite en commémorant la geste des grands maquis. Il avait su convoquer Jaurès au service de son discours ; il convoque la Résistance à la veille du scrutin. Et le jour de sa prise de fonction, il récupère (fort intelligemment, qu'on ne s'y trompe pas !) le jeune héros Guy Môquet...

Que les gaullistes "historiques" ainsi que les néo-gaullistes fidèles à certains principes et aux valeurs du gaullisme, ne s'y trompent pas : de la même façon que Napoléon trahit la Révolution qui avait fait Bonaparte, le Président Sarkozy (qui, lui aussi, est déjà sur tous les chantiers gouvernementaux) n'a rien à voir au gaullisme qui a couvé jadis le militant RPR de Neuilly-sur-Seine.

Bref ! à l'aune de tous ces constats, je ne considère pas que Ségolène Royal a été "battue", mais je suis certain que Nicolas Sarkozy a "gagné" et que, ce faisant, il a battu une gauche incapable de se relever de 2002. Une gauche, victime d'une impréparation manifeste et incapable d'accepter une candidature unique et, hélas ! la candidate qui avait le mieux dépassé les querelles de courants et transcendé le résultat du référendum du 29 mai 2005.

Écrivant cela, je suis tout de même engagé, sur le terrain, dans ma circonscription, dans cette campagne législative. J'y mets autant d'ardeur que pour la Présidentielle. Je veux que "mon" candidat retrouve ce siège perdu de peu en 2002. Et j'ose espérer qu'élu il trouvera "à Paris" un groupe parlementaire et un Parti Socialiste enfin éclairés et conscients que rien ne peut plus être comme avant. Conscients également… qu'en face, il y a un dur aux commandes !
Par Aristide Bordes - Publié dans : Le blog de Bruno
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